Il doit y avoir un moratoire sur les techniques qui prétendent faire disparaître les émissions d'azote, estime Dries Verhaeghe.
Ce journal a récemment rapporté un rapport non publié de l'Université de Wageningen qui montre que les remèdes technologiques contre les émissions d'azote ne font pas ce qu'ils promettent (DS 12 mai). Des milliers d'exploitations agricoles néerlandaises semblent émettre plus d'azote que prévu.
Les remèdes technologiques en question sont des étables à faibles émissions d'ammoniac et des épurateurs d'air. L'ammoniac est un type d'azote qui se forme lorsque l'urine et les excréments des animaux se mélangent. Les étables à faibles émissions essaient de séparer l'urine et le fumier afin de réduire la production d'ammoniac. Un épurateur d'air purifie l'air qui quitte l'étable de l'ammoniac.
En réalité, le rapport de Wageningen ne révèle rien de nouveau. Au cours des dernières années, de nombreux rapports aux Pays-Bas ont montré que les solutions technologiques ne sont pas aussi efficaces qu'on le prétend. On les appelle des 'planchers magiques', qui feraient disparaître les émissions d'azote de manière magique. Un certain nombre de systèmes ont été interdits par la justice et le tribunal néerlandais d'Oost-Brabant a déclaré en avril 2022 que les réductions d'émissions de ces systèmes ne peuvent pas être prises en compte.
Des ‘campagnes de mesure’ ont également été menées en Flandre. On y installe des équipements dans une étable à faibles émissions et on compare les données mesurées au rendement promis. Ces campagnes de mesure confirment que la théorie et la pratique sont loin d'être identiques. Les étables émettent plus d'azote que prévu. De plus, la gestion de l'étable s'avère d'une grande importance. À quel point l'agriculteur est-il consciencieux dans le suivi des directives pour l'utilisation des techniques de réduction des émissions, assure-t-il un entretien régulier, le purificateur d'air est-il toujours en marche, etc.
La Fédération des Agriculteurs a réagi de manière apaisante au rapport en affirmant que les techniques néerlandaises ne sont pas simplement adoptées ici et que la Flandre dispose d'un comité d'approbation propre qui impose des exigences strictes. C'est un peu simpliste. En pratique, les fabricants d'étables à faibles émissions font homologuer leurs systèmes tant aux Pays-Bas qu'en Flandre. Les descriptions et les pourcentages de réduction promis sont en grande partie les mêmes pour les deux pays.
Il est vrai que la Flandre a son propre comité d'approbation : le Comité Scientifique des Émissions Atmosphériques en Élevage (WeComV). Il a été relancé après quelques années d'inactivité. La mission consiste à traiter la liste d'attente des nouvelles techniques des dernières années et à réévaluer les techniques existantes. L'accord PAS (Approche Programmatique de l'Azote) prévoit une collaboration étroite entre le WeComV et l'Université de Wageningen. Le comité d'approbation flamand lira le rapport néerlandais avec l'attention nécessaire.
Conséquences
Les conséquences des technologies de réduction des émissions mal fonctionnelles sont triples. Étant donné que des milliers d'agriculteurs flamands ont installé des systèmes de réduction des émissions qui ne fonctionnent pas, le défi de l'azote devient beaucoup plus grand. Il faudra davantage de réduction de l'azote et celle-ci devra provenir dans une plus grande mesure d'une réduction du cheptel que des techniques de réduction des émissions. Transformer l'accord PAS fermé en décret PAS est une première étape, mais il devra être encore affiné.
De plus, le WeComV doit prioritairement réévaluer une à une les technologies actuellement approuvées et, si nécessaire, mener une campagne de mesure. Il s'agit de quelques centaines de systèmes, un travail de plusieurs années. Un élément essentiel à cet égard est de garantir que l'étable atteigne le rendement promis dans toutes les circonstances. Il est inacceptable qu'un agriculteur négligent qui ne prend pas soin de sa gestion d'étable émette plus d'azote et que nos services d'inspection ne puissent pas le contrôler. Les techniques insuffisamment garanties doivent être supprimées.
Enfin, un moratoire sur les techniques de réduction des émissions est nécessaire. En Flandre, des étables sont encore autorisées avec des techniques que la jurisprudence néerlandaise a explicitement interdites ou dont l'efficacité est remise en question. Les autorités délivrant les permis – ce sont les communes et les provinces – compliquent encore le problème de l'azote et mettent les agriculteurs à qui les permis sont délivrés dans une situation encore plus difficile. Ils n'ont pas appris de la saga autour des listes orange et rouge.
Tant qu'une technique de réduction des émissions n'a pas été réévaluée et mesurée, les communes et les provinces ne peuvent pas l'autoriser dans leurs permis. Une question de bonne gouvernance dans l'intérêt de notre agriculture, de notre économie et de notre nature.