Sarah Tak est coordinatrice de Klimaatzaak. Elias Van Marcke est juriste au sein de l'association environnementale Dryade.
BNP Paribas se retrouve – une fois de plus – dans l'œil du cyclone, car la banque continue de financer l'industrie des énergies fossiles. Le gouvernement belge est l'un des actionnaires de référence de la banque française, mais il laisse faire.
Un rapport récent de l'ONG française Reclaim Finance révèle que BNP Paribas joue un rôle crucial dans le financement de nouveaux projets majeurs liés aux énergies fossiles. En 2021, BNP Paribas a accordé un prêt syndiqué de pas moins de 10 milliards de dollars (environ 9,5 milliards d'euros) à Saudi Aramco, la plus grande compagnie pétrolière au monde. L'année dernière également, BNP Paribas a figuré parmi les prêteurs d'un prêt de 14 milliards de dollars (environ 13,2 milliards d'euros) accordé à cette même Aramco.
Il n’est donc guère surprenant que BNP Paribas ait été, il y a deux semaines, la première banque commerciale à être citée à comparaître dans le cadre d’un procès pour le climat. Un groupe d’ONG françaises exige que BNP Paribas cesse de financer de nouveaux projets liés aux énergies fossiles.
Dans le même esprit, six cents scientifiques ont appelé le conseil d'administration de BNP Paribas à mettre fin à toute forme de financement de l'exploitation pétrolière et gazière. Dans leur lettre ouverte publiée dans le magazine français L'Obs, ces scientifiques, parmi lesquels figurent plusieurs coauteurs des rapports du GIEC, soulignent que la stratégie de financement de BNP Paribas va à l'encontre de l'accord de Paris. op dat de financieringsstrategie van BNP Paribas lijnrecht ingaat tegen het akkoord van Parijs.
Les scientifiques ont reçu un soutien inattendu : Zakia Khattabi, ministre fédérale du Climat au nom d'Ecolo, a partagé la lettre ouverte des scientifiques sur Twitter. Cette réaction a fait froncer de nombreux sourcils.
Le gouvernement belge est, via son véhicule d'investissement FPIM, actionnaire de BNP Paribas depuis la crise financière de 2008 et était même jusqu'à la semaine dernière le plus grand actionnaire. Malgré son grand intérêt et ses administrateurs, le gouvernement belge n'a jamais pu ou voulu exercer une réelle influence sur la politique de la banque.
Le trésor public est alimenté chaque année par un dividende attractif, mais le gouvernement belge doit pour cela regarder passivement comment BNP Paribas continue de financer des projets qui sapent ses propres ambitions climatiques et qui vont à l'encontre du consensus scientifique sur le changement climatique.
De plus, le gouvernement belge n'a déjà pas la meilleure réputation dans ce domaine. Dans l'affaire du ‘Climat’, pour laquelle l'appel est toujours en cours, les gouvernements belges ont été condamnés collectivement en 2021 pour leur politique climatique négligente. Cette politique climatique était si insuffisante qu'elle viole le devoir de soin légal et les droits de l'homme.
Eh bien, il est grand temps que le ministre Vincent Van Peteghem (cd&v), responsable de FPIM, intervienne. Tant que le gouvernement belge est actionnaire de BNP Paribas, le minimum que le citoyen peut attendre est que le gouvernement se comporte enfin comme un actionnaire actif et critique.
Par exemple, en remettant en question le financement de l'industrie fossile par BNP Paribas tant en interne qu'en public, en prenant position sur ce procès français, ou – pourquoi pas – en proposant un climatologue comme administrateur ?